Atelier Information 2.0 

Décrypter une information

Il s’agit dans cet atelier de partir d’exemples concrets de publications d’informations ou de photos sur les réseaux sociaux, et d’effectuer le travail de vérification en situation concrète.

Il nous paraît ici primordial d’essayer au maximum de faire en sorte que les solutions viennent directement des participants, tout en les guidant vers la solution en fonction des problématiques que l’on souhaite aborder. C’est un moyen de leur faire sentir qu’ils sont aussi capables d’avoir cette réflexion dans leur pratique quotidienne, et qu’il n’y a pas besoin d’être forcément journaliste pour débusquer une fausse information, ou une photographie dont on doute de la véracité.

Si des doutes ont été émis, et que l’esprit critique s’est mis en marche, c’est bien l’essentiel.

Il est ensuite parfois possible d’affirmer qu’une photo est fausse, ou détournée, ou sortie de son contexte, mais il est beaucoup plus difficile d’affirmer l’authenticité d’une photo qui circulerait sur des réseaux sociaux. C’est aussi à chacun, par son sens critique qui doit prendre la décision de s’il fait ou non confiance à la personne qui relaie l’information.

Si c’est sur le site ou le réseau social du photographe officiel qui a fait un sujet sur cette question, alors j’ai de bonnes chances que l’information soit fiable.

Exemple de déroulé d’un atelier :

(Prévoir 1 heure avec un groupe de 3 à 15 personnes de + de 12 ans)

1ère partie (15-20 minutes)

Dans un premier temps, lister avec les participants les différents supports de médias qu’ils connaissent et utilisent. Puis leur demander de lister ce qui est du domaine de l’information gratuite et de l’information payante. Payent-ils un abonnement? Leurs parents payent-ils un abonnement à des journaux ou des sites internet?

Quelques questions qui peuvent être posées en début d’atelier :

  • Quelles sont, selon eux, les sources de financements de ces différents médias qui viennent d’être listés ?
  • Comment sont-ils rentables ?
  • Comment sont financés les contributeurs (rédacteurs, photographes, webmasters…) ?
  • S’agit-il de journalistes ou de contributeurs non-professionnels des métiers de l’information ?
  • Comment définir ce qui est du domaine de la publicité de ce qui est du domaine de l’information ?
  • D’où proviennent les sources de ces différents supports ? Quel est leur but ?

Rappeler qu’un média ou un site qui diffuse des contenus a presque toujours un but intéressé, que ce soit par les revenus qu’il génère, ou par le fait de diffuser des informations ou contre-informations pour ou contre une cause, des principes, des idées… Cela est également vrai pour les journalistes professionnels qui dépendent de la ligne éditoriale de leur publication, d’éventuelles pressions économiques, et de leur propre subjectivité. Comme tout le monde, il s’agit de citoyens ayant également des avis et des opinions.

En fonction des réponses des participants, en arriver à l’importance de la diversification des sources pour se forger sa propre opinion. Savoir déceler les informations que l’on peut croire et celles qui nous paraissent peu crédibles.

Mettre en lumière que les intentions de l’auteur sont très importantes à connaître. Une information ne peut être mise en exergue que si l’on comprend les intentions de celui qui la donne.

Aussi, certains trolls, ou certaines fausses informations peuvent être publiés par des personnes aux intentions louables.

Ex : une américaine a créé un troll (un personnage qui malmène volontairement l’équilibre de la communauté, en l’occurrence Twitter) à l’aide d’un bot (un robot qui publie, interagit automatiquement) sur un compte twitter qui postait des tweets homophobes, sexistes, racistes, etc… pour mettre en lumière le phénomène de harcèlement et de contenus haineux qui circulent sur les réseaux sociaux, elle-même ayant été victime de harcèlement en changeant son identité sexuelle. ( Bot créé par le compte Twitter @arguetron)

Puis dans un second temps, leur proposer de regarder quelques photos « trouvées » sur les réseaux sociaux et de les analyser ensemble, de mener l’enquête, pour se confronter ensemble au flot quotidien de ce à quoi ils peuvent être confrontés sur la toile.

2ème partie (prévoir 25-30 minutes)

Le déroulé type d’un atelier de décryptage d’une photo publiée sur un réseau social :

(clic-droit, enregistrer sous, afin de l’avoir sur son bureau et de pouvoir l’afficher en plein écran)

Déroulé : L’animateur montre une photo trouvée sur les réseaux sociaux en laissant libre cours aux réactions des jeunes pendant une ou deux minutes, avant de suggérer quelques pistes de réflexion. L’idée est encore et toujours d’aiguiser le sens critique pour remonter à la source de l’information, en l’occurrence une photo.

Ensuite l’animateur doit demander quelle posture adopter devant cette photo. Doit-on la partager? Quelles questions peut-on se poser? Comment peut-on vérifier si cette photo est vraie ou non?

Voici quelques exemples de questions à leur poser :

*En premier lieu, comment réagissez-vous devant cette photo-publication? Quel est votre sentiment, votre ressenti?

*Est-ce que vous la partageriez sur les réseaux sociaux?

*D’où vient cette photo selon vous?

*De quelle plateforme provient-elle?

*Y’a-t-il des choses dont vous doutez de la crédibilité ? Et des choses qui paraissent sûres, indéniables, évidentes, crédibles?

*Sur quels éléments peut-on se poser des questions ?

*Qui a publié cette photo ? Qui est cette personne ? A-t-elle des intérêts à nous orienter dans un sens ou dans un autre ?

*A quelle date a-t-elle été publiée ? (Parfois les indications sur la date nous apprennent beaucoup)

*Comment pourrait-on vérifier si cette photo est vraie ou non ? Connaissez-vous des outils ?

La première étape est de regarder le réseau ou le site sur lequel est publiée la photo, ainsi que sur son auteur : Identifier la Source. Je peux ainsi aller taper le nom de la personne sur un moteur de recherche, ou regarder les groupes qu’il ou elle suit sur les réseaux sociaux, il s’agit ici d’enquêter sur la personne qui publie l’information afin de voir si elle paraît fiable.

La deuxième étape est de s’interroger sur certaines incohérences qui pourraient avoir lieu, notamment au niveau des indications de lieu, d’heure, le jour de la publication est-il en accord avec tous les éléments de la photo. Parfois, on peut aussi utiliser des outils comme Street View afin de voir si le lieu dont il est fait référence est bien le même.

Enfin, lors d’une troisième étape, la photo peut ensuite être passée sur Tineye ou sur Google images dans sa fonction inversée (en cliquant sur le petit logo de l’appareil photo), pour faire une recherche par images. Ces deux outils permettent à la fois d’effectuer une recherche par URL ou directement depuis le bureau de l’ordinateur, si la photo a déjà été téléchargée.

Ces moteurs de recherche par image, permettent grâce aux métadonnées des images, de retrouver les diverses occurrences apparaissant sur le web de ladite photo. Une recherche par date permet de remonter à la première publication de la photo sur le web, et donc de voir si la photo a déjà été publiée à une date antérieure, dans un contexte différent.

En recherchant la photo « by oldest » ou par la plus ancienne, je peux ainsi retrouver la plus vieille trace de cette photo sur le web et voir si certaines modifications ont été faite par rapport à la photo que je cherche à vérifier.

Parfois également, il est possible de rechercher simplement la photo sur un moteur de recherche, et d’autres « Fact-Checkers » ou « HoaxBusters » ont déjà pu analyser et décrypter la photo qui pose question, et nous la redonner dans son contexte.

Il est souvent difficile de remonter à la photo originale, mais il est facile de s’entraîner avec toutes sortes de photos ou d’informations qui circulent sur les réseaux sociaux, pour en faire un exercice réflexe.

Téléchargez les photos ci-contre sur votre bureau, et à vous de mener l’enquête avec votre public!

EXEMPLES DE DÉCRYPTAGES
Décryptage photo CAF

 Plusieurs éléments permettent ici d’avoir le doute dans la seule observation du commentaire et de l’image :

-L’arbre est vert alors que nous sommes censés être en décembre en banlieue parisienne

-Qui est cette personne? A t-elle un intérêt à publier cette photo?

-Le voile intégral est-il interdit en France? C’est une occasion de rappeler les termes de la loi de 2010 qui ne parle que du fait de se masquer le visage sur l’espace public, donc qui interdit de fait le voile intégral, sans le mentionner directement.

-Une fois que des doutes ont été émis, s’interroger sur d’éventuels outils que l’on pourrait utiliser pour retrouver la photo originale.

-Connaissent-ils la fonction « Recherche par image » dans Google Images (le petit logo avec l’appareil photo) ou le site canadien Tineye?

-Charger la photo sur Tineye en demandant une recherche « by oldest »…La recherche nous mène à une première publication en mai 2010…en Angleterre, dans un pays où le port du voile intégral est autorisé. Les femmes font la queue devant une commissariat, on a rajouté le logo de la CAF, recoupé la photo pour que n’apparaisse pas la route où les véhicules roulent à gauche, ainsi que le logo du métro londonien visible au fond. On remarquera également que l’arbre vert au mois de mai…est plus logique qu’au mois de décembre.

Il nous semble important également de rappeler que cette élue européenne est actuellement poursuivie par la justice française pour « incitation à la haine raciale », pour avoir partagé cette photo, bien qu’elle ne soit très probablement pas l’auteure du photomontage.

Décryptage photo Obama

-Cette photo vous paraît-elle crédible ?

-Connaissez-vous le personnage sur le T-Shirt ? Est-il plausible qu’Obama porte un T-shirt à l’effigie de Che Guevara ?

-Qui publie? Quelques rapides recherches nous permettent de retrouver qu’il s’agit d’un élu républicain, aux idées plutôt conservatrices (anti-avortement, pro-armes…) A t’il un intérêt à publier cette photo d’Obama, élu du camp opposé, démocrate ?

-En passant cette photo sur Tineye et en remontant dans la plus ancienne, on se rend compte qu’il s’agit d’une photo prise au MIT dans un laboratoire, avec des formules mathématiques inscrites à la place de la tête du Che. La source originale est Getty Images, une agence de presse et d’images.

Décryptage photo crocodile

Une fiche du Clemi est disponible pour ce décryptage que nous utilisons régulièrement en amont du décryptage de la photo sur la CAF. Nous appuyons également sur le fait que cet article utilise des informations vraies et vérifiables pour appuyer son propos et le rendre crédible (ex : inondations en juin 2016 à Paris, kilomètres de canalisations des égouts parisiens, distance entre le zoo de Vincennes et la Seine, hauteur de crue de la Seine à Paris en juin 2016…)

Le fait de montrer aussi ces éléments véridiques permet de montrer que ce n’est pas parce que certains éléments sont vrais que l’information n’est pas détournée ou sortie de son contexte. Retrouvez la fiche atelier ici avec le kit pédagogique directement téléchargeable.

Décryptage commentaires

L’idée est ici de regarder les réactions des gens sur une information virale qui a été partagée des milliers de fois, mais qui est fausse. Assez vite, des gens se sont rendus compte de la supercherie et ont exprimé les incohérences dans leurs commentaires, mais les gens ont continué à croire une certaine forme de vérité autour de cette photo.

C’est un excellent exercice pour comprendre le mécanisme qui se joue autour de la Théorie du complot, si je donne un argument contre la théorie avancée, « c’est que moi aussi je fais partie du système, du complot, que je nie l’évidence ». Et même si j’apporte quelques arguments recevables, on réplique souvent « oui, mais il y a quand même des choses qui sont vraies dans tout ça.

Voici une vidéo à visionner si l’on a un peu de temps pour comprendre les mécanismes autour de la théorie du complot.

D’autres exemples d’ateliers à mener :

Description atelier CLEMI décryptage Faux selfie Thomas Pesquet

Retrouvez l’intégralité de la fiche atelier sur ce lien